PROGRESSONS VERS LE MADE IN CAMEROON : LA LABELLISATION EST-ELLE VRAIMENT UNE SOLUTION?

 

Le made in Cameroon est sur toutes les lèvres depuis plusieurs mois. Chacun y va avec sa théorie et son analyse. Dans ces multiples propos, #AVPL se penche sur celui de Eugène Rodrigue EBONG’O.

« Cette partie est consacrée à l’intervention du Dr MEFOUTE BADIANG Alphonse, enseignant à l’Université Catholique d’Afrique Centrale, dont les travaux de recherche portent entre autre sur la valorisation des produits locaux.

Il était question lors de cette conférence de répondre à la question générale c’est quoi le label « Made in Cameroun » et à quoi cela sert réellement.

Nous débutons par un constat. Celui-ci avait déjà été posé au sein du rapport 2009 de l’Institut National de la Statistique (INS) sur l’état de l’industrie camerounaise : « la présence des produits de l’industrie camerounaise sur le marché international constitue à l’ère de la mondialisation des économies, l’une des principales clés de l’émergence du pays » (Confère page 56 du rapport).

Oui c’est vrai, on peut être fier d’avoir des produits locaux sur le marché international. Mais combien sont ces produits ? Combien par exemple pouvez-vous en citer ? C’est encore très très peu.

On peut alors constater également et regretter le fait que cette émergence en question tarde à progresser du fait que de nombreux produits encore, qui pourtant sont des produits d’excellente qualité, ne parviennent pas à être compétitifs à ce niveau, et à enrichir les producteurs.

💡Comment va-t-on y parvenir ? Une réponse : la labellisation.

Aujourd’hui lorsqu’on parle de labellisation, on pourrait croire qu’il n y a que les populations très éloignées, c’est-à-dire la grand-mère et le grand père du village qui cultivent leur manioc et en font de magnifiques « #bôbôlô » qui ne comprennent pas ce que c’est. Pourtant, même les plus grands acteurs du MIC ont du mal à réellement expliquer cela.

bôbôlô ou saucisse de manioc

Pour le faire simplement, nous prendrons un exemple tiré d’une situation que nous avons déjà certainement tous vécu.

Lorsqu’on se rend à la boutique du quartier, au super marché du coin et parfois déjà au marché classique, on observe que de plus en plus les produits importés (étrangers) remplissent nos surfaces commerciales et inondent nos marchés. Et sur ces différents produits, pour ceux qui prennent la peine de regarder (ce qui doit en principe être une attitude réflexe pour tout consommateur dans le sens d’effectuer un achat militant; on en parle à la 3ème partie), on peut souvent remarquer les inscriptions telles que LABEL ROUGE, AOP… C’est là la matérialisation de ce qu’on appelle labellisation.

❓C’EST QUOI LA LABELLISATION ?

La labellisation est un « processus d’attribution d’un label, d’une marque spéciale, introduite par une organisation professionnelle pour identifier, garantir l’origine et le niveau de qualité d’un produit ». Dans la labellisation, trois éléments sont donc fondamentaux en ce qui concerne le produit : sa nature, son origine, et son niveau de qualité.

En fait, pour faire simple, la labellisation n’est rien d’autre qu’un signal commercial qui apporte un plus aux produits de l’entreprise.

En ce qui concerne le label, c’est donc simplement « le moyen d’informer le public de manière générale et les consommateurs en particulier, sur les propriétés et les qualités objectives d’un produit, d’un ouvrage, d’un environnement, d’un bâtiment, d’une procédure… ». Le label n’est rien d’autre qu’un élément qui permet de communiquer sur la QUALITÉ, parce que la qualité vous donne un avantage commercial et vous permet de mieux vendre votre produit.

On peut s’appuyer sur plusieurs choses pour construire un label. Ça peut être la zone géographique, le processus ou la méthode de fabrication du produit, les ingrédients… Tout ceci pour mettre l’accent sur la qualité du produit.

❓POURQUOI LABELLISER UN PRODUIT ?

La labellisation présente plusieurs enjeux.

💡- Un bon label exerce un potentiel d’influence sur le processus de décision d’achat du consommateur ;

💡- Labelliser un produit c’est informer le client sur certaines dimensions de la qualité : augmentation de la qualité perçue avant achat du produit ;

💡- Labelliser permet de conférer un caractère unique à son produit en le distinguant des autres ;

💡- Labelliser permet de construire une certaine réputation de considération environnementale, de procédure ou d’éthique ;

💡- Labelliser augmente l’estime accordée au producteur ;

💡- Labelliser permet de plus facilement engager l’action de l’État dans la valorisation du produit local (facilitation des aides aux producteurs locaux identifiés au sein d’un label bien précis, facilitation des transactions et amélioration de l’efficience des marchés nationaux et internationaux, réduction des méfaits résultants du commerce international…)

❓ COMMENT VA-T-ON PROCÉDER POUR ARRIVER A CE NIVEAU ? UN EXEMPLE, CELUI DU POIVRE DE PENJA

crédit photo : google

Selon un article paru dans le quotidien de l’économie le mardi 13 septembre 2016, le Cameroun occupait la première place lors de la première édition de la foire des produits avec 11 produits agropastoraux labellisés au 10 septembre 2016 parmi lesquels l’ananas de Bafia, l’avocat de Mbouda ou encore le poivre de Penja.

S’agissant de ce dernier, le poivre de Penja est le premier produit en Afrique subsaharienne a bénéficié d’une Indication Géographique Protégée (IGP). Pour arriver à ce résultat, un ensemble d’actions a été mené :

– Il a été crée au sein du Ministère de l’agriculture et du développement rural (MINADER) le comité national de coordination des indications géographiques. Ce comité joue un rôle central dans le cadre de la labellisation des produits agropastoraux.

La création d’une structure permettant de porter le projet. Cette structure devant être une « organisation professionnelle ». Dans le cas d’espèce, c’est ainsi qu’est né le groupement des producteurs du poivre de Penja. Il est ici important de souligner que l’organisation en groupement, en association, pour la défense d’intérêts communs est un élément capital. Il est préférable d’avoir une association qui porte par exemple le Kilichi plutôt que 15 millions, en raison d’une association par famille, qui portent toutes ce même projet. Cette structure deviendra par la suite celle qui va légitimer chaque producteur qui voudra associer son produit à l’image du label ;

– Le produit qui souhaite être labellisé doit être ensuite enregistré en tant que IGP  au niveau de l’OAPI. Dans le cas du poivre de Penja, le certificat a été remis officiellement en septembre 2013. Ce qu’il faut noter ici c’est qu’un programme de labellisation a été mis en place à partir de 2016 par l’OAPI afin de promouvoir les labellisations en indication géographique.

(Il y a bien sûr d’autres étapes dans ce processus de labellisation dont je n’ai pas fait mention dans ce rapport afin de l’écouter d’une bonne dizaine de pages. Pour aller plus loin en cas d’intéressement, vous pouvez vous rapprocher du Dr MEFOUTE ou on pourra toujours en discuter en privé).

❓MAIS QUELS SONT LES BENEFICES CONCRETS DU FAIT DE LABELLISER ?

On note à cet effet 3 sortes de bénéfices :

✅- Pour les producteurs : la valorisation du produit qui lorsqu’il est labellisé rapporte plus en terme d’argent (par exemple le kilogramme du poivre de Penja est passé de 4000 à 18 000FCFA), mais aussi en terme de financements (pour rester dans l’exemple de Penja, on note le financement de l’AFD, mais aussi celui des ministères).

✅- Pour la zone de production : développement de l’attractivité touristique, développement des partenariats public-privé.

✅- Pour le produit : amélioration de la qualité, du packaging et de la valeur ajoutée.

Nous terminons avec une remarque soulevée par le Dr. Nous ne pouvons pas réellement à l’heure actuelle, malgré les quelques exemples cités, parler d’un véritable label Made in Cameroun. Nous avons beaucoup de produits de qualité mais qui malheureusement encore demeurent dans le secteur informel. Un label ne se construit pas dans l’informel.

A coté de cela, les petits groupements et petites associations qui essayent tant bien que mal de faire valoir le Made in Cameroun à travers leurs activités n y arrivent pas toujours dans un environnement presque tout est importé, et où ce qui est fait au niveau local est vu comme « le simple foufou ou couscous qu’on mange à la maison ».

Pour que les choses changent, il faut plus de sérieux, plus d’efforts de la part des producteurs mais aussi de la part de l’État, et plus de stratégies pour faire briller le #MIC notamment en terme de Marketing, de Communication et de Vente, s’adressant ici aux étudiants de ces spécialités présents dans l’assistance, ceux là qui n’ont fait que critiquer, mais ne font absolument rien pour le #MIC (bon, ça c’est moi-même qui ait ajouté. Je devais avoir les crampes d’estomac si je laissais passer. Parce que comment comprendre que j’ai la compétence pour changer les choses, mais tout ce que je trouve à faire c’est de critiquer ce qui est fait, et surtout je ne propose rien comme solution. Si ça ce n’est pas avoir un cerveau congelé alors c’est quoi ?).

Tout comme dans la première partie de ce rapport, la fin se pose avec une interrogation : avez-vous des questions ? Des réactions ? Des contributions ? Personnellement, j’en avais beaucoup. Mais comme vous le savez, vous passez en priorité.

Eugènement votre… »

Eugène Rodrigue Ebong’o Fondateur EER Consulting (cabinet de formation, de conseils et d’expertise en communication, management, stratégie et développement personnel.

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